Le Rite de la Table.
Fermez les yeux……Patientez……Laissez votre esprit vagabonder…… Imaginez……
Imaginez le fraîcheur……
Ressentez les frissons de la froide bise matinale venue des cimes enneigées des nombreuses montagnes parsemant les terres des fils de Hodir. Reniflez les douces fragrances sylvestres transportées par les vents ayant survolés- les forêts touffues des Grisonnes. Laissez vos cheveux voler dans l’air ; laissez l’engeance du Vent du Nord les faire danser allègrement.
Imaginez, maintenant, le bruit……
Ecoutez les grattements des rats peuplant les Egouts des Entrailles. Entendez les frottements des écureuils gambadant autour du Monument érigé en la mémoire d’Antonidas. Percevez les crissements provoqués par les Anciens qui se meuvent avec lenteur dans les vastes étendues des Plaines de Cristal……
Imaginez, ensuite, des couleurs……
Emerveillez-vous face à la splendeur de l’azur de la vaste voûte céleste peuplée de larges moutons d’un blanc immaculé. Voyez le mauve brillant ornant les nombreux fanions de la cité pourpre. Délectez-vous de la beauté émanant de la fontaine de la Place des Tisserunes……
Sombrez dans la torpeur,
Guidez-vous à ma voix,
Si de la solitude, la peur
Vous étreint le foie.
Fiez-vous à votre basique instinct,
Ne croyez que ce que vous voyez,
Car l’on en vient souvent aux mains
Si l’on se sent insulté !
Ainsi, donc, ne faites pas les ânes,
Et rassemblez tout votre courage,
Afin de me suivre en Dalaran,
La célèbre cité des Mages.
Les premiers rayons de soleil commençaient à percer l’obscurité, l’aube naissante teintait d’ocres et de rouge le marbre des larges maisons la ville de Dalaran. Un jour nouveau se levait sur le sanctuaire des Mages. Déjà, l’on pouvait entendre les piaillements des premiers oiseaux qui survolaient la ville ; sentir les délicieux plats que Awilo Lon’gomba et son assistante Misensi préparaient (serait-ce de la saucisse de rhinocéros ?). La cité, lentement, se réveillait sur un jour spécial…enfin pas comme les autres, quoi !
Car, aujourd’hui, malgré l’heure des plus matinales, une certaine animation régnait déjà au premier étage de la célèbre taverne hordeuse de « La Sale Bête ». En effet, l’on commençait à se poser des questions en constatant que les dernières marches menant à ce dit étage étaient surveillées par deux personnes réputées des moins commodes à savoir le fourbe voleur Alveon et sa charmante collègue, la chasseresse Wyllow. De ce fait, celui qui aurait l’habitude de côtoyer ce paradis de la bière bien brassée et des fortes odeurs de mâles en pleine dégustation, tout autant que régurgitation, serait intrigué par cette mystérieuse garde.
Il nous est, cependant, intéressant d’approfondir ces deux derniers points. Tout d’abord, il est de notoriété publique que l’immonde breuvage brassé par les orcs tient plus de la pissette chaude que d’une boisson digne de ce nom. Aussi, je me permets de vous poser cette question : « Mais d’où vient, donc, la bière de la Taverne de « La Sale Bête », sachant qu’elle est considérée comme délicieuse par les taurens, les orcs, les morts-vivants, les trolls, et même par une importante partie des elfes de sang ? »
Deuxièmement, pourquoi avaler de la bière si cela est pour la recracher quelques instants plus tard lorsque l’on se rend compte que la quantité ingurgitée était excessive ? (A ces deux questions existentielles, nous attendons vos réponses avec un intérêt des plus vifs !)
Mais bon, revenons-en au sujet entamé.
Si l’on parvenait à passer outre la garde instaurée par nos deux compagnons, l’on se rendait dans une petite salle annexe dont la seule pièce de mobilier présente, était une longue table d’assez belle facture bien qu’arborant de nombreuses taches sur sa surface inférieure. Tout autour, se situaient plusieurs personnes renommées : le Grand Prêtre Soigneur Løs, le Grand Maître Sacrificiel Animagus, le Grand Mystique Dédaigneux Finiriel, la Grande Victime Malchanceuse Sklator et une petite troupe de personnes appartenant à leur ordre (plus communément appelé :le Grand Peuple). La scène étant des plus cocaces, nous nous efforcerons de vous décrire du mieux possible les habits traditionnels portés par nos « Grands Maîtres ».
Le Grand Prêtre Soigneur Løs était richement vêtu : il portait une large robe d’un blanc étincelant rehaussé de symboles dorés et argentés augmentant la sainte guérison véhiculée par ses divins soins. Ses longues défenses étaient cerclés de bracelets en or où pendaient de larges perles émeraudes afin d’hypnotiser le blessé et lui faire oublier toute douleur. Enfin, ses larges pantoufles en peau de rhinocéros évitaient de faire le moindre bruit pour ne pas troubler le sommeil du mourant.
Le Grand Maître Sacrificiel Animagus était « barbarement » vêtu : une robuste cuirasse en acier-titan peinte avec d’horribles symboles rouges et noirs cerclait son vaste bedon d’un air menaçant. Un large casque orné de pointes, d’épines et de plein d’autres choses déplaisantes étaient disposé sur son tout aussi large crâne de tauren. Ses hautes bottes en vieux fer rouillé faisaient « cling-cling » à chaque fois qu’il marchait.
Le Grand Mystique Dédaigneux Finiriel était sombrement vêtu : il arborait une somptueuse robe bleu nuit où courraient de fins fils argentés dessinant des arabesques des plus exquises. Une longue cape était déposée sur ses épaules et une capuche cachait son visage couvert d’un masque poli.
La Grande Victime Malchanceuse Sklator n’était que très peu vêtue : un simple pagne tressé permettait aux âmes sensibles d’assister à la cérémonie et quelques plumes avaient été rajoutées sur son crâne pour donner un air festif à cette faste journée. Chacun des membres précités se trouvait à un côté de la table et attendait stoïquement l’heure exacte du début de la cérémonie.
Le passage du temps se faisait ressentir……
Comme dirait notre très estimée Wyllow : « Je peux même entendre les petits piou-piou qui chantent ! » L’on entendait également les hochements réguliers du maître cuisinier, le feu qui crépitait dans l’âtre à l’étage inférieur, le souffle saccadé de la victime anxieuse, les tintements des bibelots de Løs, les crissements de métal d’Animagus et les frottements de tissu de Finiriel.
Subitement, le Maître de cérémonie, Animagus, souleva sa lourde masse hérissée de pointes, avança d’un pas et clama de sa forte voix bourrue :
« L’heure est venue, Confrères ! Que la Victime s’avance ! Que le Rite de la Table commence ! »
Le Grand Prêtre s’avança à son tour et réconforta ladite victime :
« Courage mon Ami, mes puissants soins auront vite fait de guérir ta chair des traumatismes que tu t’apprêtes à subir ! »
Le Grand Mystique poursuivit alors le mouvement et s’adressa naturellement à la même personne :
« Prends garde très cher, car si le Grand Prêtre peut régénérer à souhait ta chair, nul ne pourra rassembler ton esprit dispersé ! Essaye, donc, de m’en interdire l’accès, ou, à jamais, le souvenir de mes visions tu te remémoreras ! »
La victime, ainsi rassurée, se déplaça vers la table en déclarant :
« Me voici, donc, au pied de la table ! Et moi, Sklator, j’accepte de me soumettre à son Rite afin de faire partie intégrante de votre confrérie. Que maintenant m’en soient exposées les épreuves afin que je puisse, en toute âme et conscience, m’y plier. »
Un silence théâtral suivit cette déclaration, coupé par le Maître Animagus, quelques instant plus tard.
« Il te faut maintenant passer sous la Table, Sklator !, tonna-t-il, affichant un large sourire carnassier. »
Ahuri, la victime regarda son bourreau en attendant plus de précisions, mais aucun des Maîtres ne semblaient vouloir ajouter une parole. Sklator regarda alors ce qui devait être son instrument de torture : la Table. Comment cette chose, longue de cinq mètres et large d’un, pourrait-elle lui faire le moindre mal ? Rasséréné par cette pensée positive, il se baissa et entama sa traversée lentement.
Tout semblait bien se dérouler……
Ayant atteint la moitié du chemin, il se permit de lâcher un soupir de soulagement… Soudain, sa vision se troubla :la table semblait s’allonger indéfiniment. Eberlué par ce phénomène, il s’arrêta et se frotta les yeux. Lorsqu’il les rouvrit, la vision s’était certes dissipée mais une chose plus déplaisante se préparait. Un bruit sourd se fit entendre, et la victime traversa la pièce en sens inverse et s’écrasa contre le mur.
Animagus remit, alors, sa masse, qui avait brièvement quitté son épaule, à sa place. Sklator, s’étant extrait de la pierre, s’enquit de sa situation :
« Que s’est-il passé ?, questionna-t-il. »
Alors que le Maître Soigneur lui prodiguait un soin mineur, le Mystique lui expliqua la situation :
« L’on t’avait mis en garde ! Maintiens ton esprit fermé ou je m’y introduirai sans remord et te distrairai le temps d’un instant.
- Et je te pète la gueule !, ajouta Animagus en riant aux éclats. »
Un air calculateur pouvait se lire sur le visage de Sklator et une idée germa dans sa tête. Il retenta un essai mais en fermant les yeux, cette fois.
Le calme régnait dans cette noire torpeur. Il ne risquait plus de voir la table s’allonger ainsi. Soudain, une faible lumière apparut dans ses songes, mais avec le temps, elle se précisa et commença à dessiner de délicates formes familières. Alors que l’image se précisait, Sklator constata qu’il connaissait la personne présente devant lui. Il s’arrêta, alors, horrifié face à la nudité de la chasseresse Wyllow. Epouvanté par cette vicion, il rouvrit les yeux et se confronta à la dure réalité et la masse, à nouveau, frappa. Le mur le recueillit contre son gré, mais le traumatisme physique n’ébranla pas notre victime, toujours sous le choc du cauchemar qu’il, venait d’endurer.
Les seuls bruits que l’on pouvait l’on pouvait percevoir, à cet instant, étaient les rires cristallin de Finiriel et grave d’Animagus, mêlés à la respiration forte de Sklator.
« C’était monstrueux !, affirma ce dernier en se tournant vers le Grand Mystique Dédaigneux, les yeux agrandis par la peur.
- Ne t’avions-nous pas prévenus, mon Ami ?,répondit-il en souriant. »
Cependant que Sklator essayait de se relever, il se rendit compte que l’image qui l’avait déconcentré ne s’effaçait pas de ses souvenirs. Un sentiment sous-jacent de déjà vu restait imprégné dans son esprit torturé.
« Quel est ce sortilège ?, demanda-t-il. »
Un sourire sadique illumina le masque poli du Mystique et ses yeux pétillant de malice fixèrent gravement son interlocuteur.
« Regarde attentivement la masse de ton Bourreau, Sklator. L’as-tu déjà vu combattre avec ?, lui rétorqua-t-il. »
Celui-ci examina, alors, l’arme portée par Animagus ? C’était bien le genre d’arme réputée « de bourrin » qu’il avait coutume de porter, mais un détail le frappa : la masse toute entière rayonnait d’une faible lueur mauve.
« En connais-tu la cause ?, poursuivit-il.
- Non. Jamais vu !, répondit-il
- Cette arme fut « améliorée » par l’art d’un renommé et émérite forgeron (dont nous tairons le nom afin de préserver son anonymat) et par ma magie. La délicate pellicule mauve que tu peux admirer est, en fait, de la poussière de Nathrezim. Celle-ci a le pouvoir de raviver les pires souvenirs de la personne touchée et de la consumer comme le feu ardent s’attaque au bois sec. Chaque fois que cette masse te frappera férocement, elle imprimera dans tes songes la douleur qu’ici connut ta chair. »
Le Grand Mystique émit, alors, un ricanement sourd et une faible lueur de folie pouvait se lire dans le vert émeraude de ses yeux.
« N’est-ce pas tout simplement… « démonistique » !, souffla-t-il théâtralement. »
Cependant, le courage de Sklator était fort et son moral inébranlable. Il se releva, donc, pour affronter son destin. A nouveau, il s’abaissa et repartit sous la Table, mais il se fit renvoyer dans le mur quelques instant plus tard. Nous ne nous attarderons pas sur la suite de cauchemars qu vécut Sklator, torturés par la folie du Grand Mystique et par la force du Maître Sacrificiel, bien que, finalement, il traversa la Table avant de s’effondrer, exténué, au pied de la foule.
Un long silence s’installa. Ensuite, les trois Grands Maîtres se déplacèrent et firent un arc de cercle face à la Grande Victime. Celle-ci se releva tant bien que mal et fixa ses nouveaux « amis » d’un œil plutôt morne ma foi.
« Grande est ta valeur, Sklator. Sois le bienvenu parmi nous !, lança-t-il en lui donnant une bonne claque amicale qui le refit chuter. Oups, désolé !, s’excusa-t-il en riant.
- Bienvenu parmi nous, mon fils, répéta Løs en l’aidant à se relever. Mais, fais attention, notre Maître de guilde Animagus a un peu trop de force et il ne s’en rend pas compte.
- C’est vraiment dommage ! Pour une fois qu’il est fort dans un domaine, il ne s’en rend pas compte !, susurra Finiriel en esquissant un large sourire.
- Il la ramène encore le démo de merde !, répondit hargneusement l’intéressé.
- Tu devrais avoir l’habitude maintenant, vieille branche, sous-entendit le Mystique en ôtant son masque. Sois le bienvenu parmi nous, collègue. Tu ne sais pas à quel point je suis heureux qu’un autre vaillant démoniste rejoigne nos rangs, déclama-t-il en s’inclinant.
- Cesse un peu de danser, Fini, on dirait une donzelle !, ricana Animagus.
- C’est sûrement pas avec ton bide que tu pourrais faire de même !, répondit-il les yeux brillant de malice. »
Le Maître de guilde, écumant de rage, lâcha sa masse et attrapa une lourde hache de guerre orque qui traînait tout près.
« Cette fois, c’en est trop ! J’vais m’le faire !, cria-t-il en se lançant à la poursuite de Finiriel, qui avait déjà pris un peu d’avance. »
Le Grand Prêtre Løs se frotta les yeux lentement, très lentement, en soupirant.
Lamentable, pensait-il.
Il se tourna, ensuite, vers la Grand Peuple et s’exprima :
« Mes Amis, ici se termine le Rite de la Table. Que les réjouissances commencent pour l’accueil de notre nouvelle recrue ! Que la bière coule à flot ! »
Des acclamations tonnèrent, suivies des habituels bruits de mise en perce de tonneaux, de verres brisés, de chaises qui tombent, de chansons paillardes, d’insultes, de danses, et de plein d’autres choses qu’il vaut mieux ne pas écrire…
Et c’est ainsi qu’en ce drôle de lieu,
Où, avec plaisir, on s’abreuve,
Il peut sembler parfois curieux
D’assister à de telles épreuves.
Mais, là bien plus qu’ailleurs,
L’on est sûr de l’y trouver,
Des sentiments, l’un des meilleurs,
Qu’est celui de l’amitié !